Masse, poids et force : les unités du cordiste
La masse mesure la quantité de matière d'un objet, exprimée en kilogrammes (kg). Elle est invariante quel que soit l'endroit dans l'univers.
Le poids est la force d'attraction qu'exerce la Terre sur un objet. C'est une force, exprimée en Newton (N). La relation est : Poids = Masse × g, où g est l'accélération de la pesanteur, généralisée à 10 N/kg sur Terre.
Une personne de 100 kg exerce donc une force statique de 1 000 N = 1 kN sur le sol ou sur sa corde. C'est pourquoi les résistances des EPI cordistes sont indiquées en Newton (ou kN) plutôt qu'en kilogrammes.
Faits clés
- ●1 kN = 1 000 N = 100 daN ≈ 100 kg statiques
- ●Accélération de pesanteur g = 10 N/kg (valeur simplifiée Terre)
- ●Résistance des EPI exprimée en kN, pas en kg
Le facteur de chute : sévérité potentielle d'une chute
Le facteur de chute (f) détermine la gravité potentielle d'une chute. Sa valeur se calcule en divisant la hauteur de chute par la longueur du système qui enraye la chute :
f = Hauteur de chute / Longueur du système d'arrêt
Plus le facteur de chute est élevé, plus la chute sera potentiellement grave. La gravité finale dépend également du poids de l'opérateur et de la nature des matériaux du système d'arrêt (corde dynamique, semi-statique, sangles).
- ▸Si l'opérateur est sous son point d'ancrage : f < 1 (situation favorable)
- ▸Si l'opérateur est au niveau de son ancrage : f = 1
- ▸Si l'opérateur est au-dessus de son ancrage : f > 1 (situation dangereuse)
- ▸En progression cordiste, f peut atteindre 2 — seuil pouvant induire des lésions très graves
Faits clés
- ●Facteur de chute > 1 = situation dangereuse
- ●Toujours équiper le point d'ancrage le plus haut possible
- ●Plus de corde au-dessus = facteur de chute plus faible
La force de choc : limite humaine 6 kN
Lors d'une chute, l'énergie est en partie absorbée par les matériels (corde, absorbeur). L'énergie résiduelle encaissée par le cordiste après que toute l'élasticité du matériel soit intervenue se nomme la force de choc (Fc).
Les études menées sur les sièges éjectables des avions de chasse pendant la seconde guerre mondiale ont permis de définir les seuils acceptables pour le corps humain.
Faits clés
- ●Limite normative : 6 kN maximum sur le corps humain
- ●Norme EN 355 : un absorbeur d'énergie limite la force de choc à 6 kN max
- ●Corde dynamique : Fc ≈ 6 kN à facteur 0,3
- ●Corde semi-statique sans absorbeur : Fc peut dépasser 12 kN
- ●Sangle statique sans absorbeur : Fc supérieure à 18 kN — interdit
| Force de choc | Effet sur le corps humain (masse 70 kg) |
|---|---|
| 0 à 600 daN | Aucune séquelle |
| 600 à 900 daN | Aucune séquelle à séquelles réversibles |
| 900 à 1 200 daN | Séquelles réversibles |
| Au-delà de 1 200 daN (12 kN) | Séquelles irréversibles, voire mortelles |
Le tirant d'air vertical
Le tirant d'air est l'espace disponible sous les pieds de l'utilisateur pour ne pas heurter le sol ou un obstacle en chutant, pour un système d'arrêt donné.
Pour calculer cette distance, il faut prendre en compte tous les éléments susceptibles d'allonger la chute : élasticité de la corde, déchirement de l'absorbeur, distance entre les attaches du harnais et les pieds du cordiste, plus une marge de sécurité réglementaire de 1 mètre.
- ▸A — Longueur de la longe
- ▸B — Déchirement de l'absorbeur d'énergie
- ▸C — Distance moyenne entre l'attache du harnais et les pieds (≈ 1,5 m)
- ▸D — Marge de sécurité imposée par la norme : 1 m
- ▸Tirant d'air requis = A + B + C + D
Faits clés
- ●Le tirant d'air dépend du facteur de chute, du système et de la masse de l'utilisateur
- ●Marge de sécurité norme : +1 m systématique
- ●Tirant d'air défavorable = risque de heurter un obstacle
L'effet pendulaire
Comme le tirant d'air vertical, l'effet pendulaire désigne l'espace nécessaire pour pouvoir penduler en cas de chute sans rencontrer d'obstacle.
Il est fonction de la distance entre l'axe vertical du système antichute et la position de l'utilisateur au moment d'une chute ou d'un glissement. Tout cordiste doit en permanence être en capacité d'évaluer son tirant d'air vertical et son risque pendulaire pour juger si la situation est favorable ou défavorable.
Les cinq systèmes de la norme EN 363
La norme EN 363 définit les systèmes de protection individuelle contre les chutes. Trois sont couramment rencontrés sur cordes :
- Système de retenue
- Limite le déplacement de l'utilisateur pour l'empêcher d'atteindre une zone à risque de chute. Exemple : longe limitant l'accès au bord d'un toit.
- Système d'arrêt des chutes (antichute)
- Dispositif destiné à arrêter la chute en préservant l'intégrité physique. Doit limiter la chute en distance, limiter la force de choc à 6 kN, et maintenir la victime dans une position adaptée après chute.
- Système de maintien au poste de travail
- Permet à l'opérateur d'avoir les deux mains libres pour travailler. Ne se substitue pas à un antichute — vient en complément.
Plain-pied vs plein vide
- Travail à plain-pied
- L'opérateur travaille les deux pieds stables et les deux mains libres (vire en falaise, margelle, corridor plat, toiture de faible pente). Seul un système antichute est nécessaire.
- Travail en plein vide
- L'opérateur ne peut travailler à poste sans être en suspension ou dans une position instable (suspension sur cordes, pylône, talus pentu). Antichute + système de maintien au travail obligatoires. La sellette devient incontournable.

